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Pêche à la mouche naturelle

La pêche à la barre a toujours ses adeptes dans le Cantal.
« Le toc est un plaisir tactile car on “sent” la touche du poisson qui prend l’appât. Dans la pêche à la mouche, le plaisir est visuel, on voit le poisson monter prendre l’appât », compare Romain Max. - Agence AURILLAC
Ancienne pratique ancrée dans le Massif central, le Cantal et le massif de l'Aubrac la pêche à la barre a encore de l’avenir. L’évolution du matériel et la beauté du geste attirent les amateurs.
Pêche de la truite aux appâts naturels_pêche à la mouche naturelle. élevage de mouches pour la pêche_piéger les mouches sauvages.
Certaines traditions ont de beaux jours devant elles. Certes, on est loin de la folie des ouvertures de saison avec des bords de rivières envahis de pêcheurs à la barre, telles que Daniel Fajoux les a connues à Roquelaure dans son enfance. « Tous les gamins ont été influencés par ça ! », sourit le président de l'AAPPMA (société de pêche) de Pleaux. C'était dans les années 60-70. La pêche à la barre n'a pas pris un coup de vieux. Et si certains y associent une image « ringarde », ses adeptes sont toujours nombreux dans le Cantal, appréciant une pratique, qui allie réflexion et physique, et où rien n'est laissé au hasard.
pêche de la truite à la mouche_ mouche naturelle_ conserver des mouches vivantes.
La pêche à la barre est dite spécifique au Massif central, car propre aux territoires de plateaux montagnards. « La technique permettait de pêcher les petits ruisseaux de plateaux dépourvus de végétation.
élever des mouches pour la pêche de la truite_comment se procurer des mouches toute l'année.
Depuis elle a évolué et s'utilise sur tous les types de cours du département », affirme Romain Max, responsable technique à la fédération de pêche du Cantal. De son côté, Daniel Fajoux apprécie aussi « une technique pure » de ruisseaux. Notamment celles avec des cascades, de belles coulées d'eau, de gros blocs de pierre et des "rascles"…
pêche de la truite à la barre_pêche de la truite à la mouche vivante.

Particularité. Dédiée principalement à la truite (mais pas seulement), la barre est une des techniques de la pêche dite au toc, comme la pêche à l'anglaise ou la pêche à la canne télé réglable. La singularité de la barre réside dans sa canne sans moulinet, donc sans réserve de fil. Mais pas vraiment! quelques pêcheurs astucieux ont mis au point une petite réserve fixée sur le porte scion, elle permet de rallonger ponctuellement la ligne pour pêcher les trous profonds dans les gorges.
Matériel. Cette canne, faite au départ en bambou, puis en fibre de verre et désormais en carbone, mesure entre cinq et huit mètres. « Avec l'évolution des matériaux, le poids s'est allégé », souligne Jacques Chalier, chargé de développement à la fédération de pêche. Pesant entre 400 et 500 grammes il y à 20 ans, et aujourd’hui 250 grammes, voire moins de 200 pour certaines Shimano, ces cannes ont gagné en confort d’utilisation, action, nervosité et réserve de puissance.
Le diamètre de fil, qui mesure entre 1,30 mètre et 2 mètres de longueur, est de plus en plus fin pour éviter que le poisson le voit. La taille des plombs a diminué », apprécie l'agent. Selon ces pratiquants, la modernisation du matériel a contribué à améliorer l'attractivité de ce loisir.
Appât : Vers de terre, larve d'insecte, dite la petite bête, mouche bleue, mouche sauvage pour ceux qui sont équipé d’un piège et sauterelle… Au toc, l'appât est naturel. Il correspond à la nourriture du poisson sauvage et varie en fonction des saisons. « À Laroquebrou, on utilisait du fromage », se souvient Daniel Fajoux, un inconditionnel de la mouche noire noyée.
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Technique : L'art de la barre réside dans la manière de laisser dériver naturellement l'appât pour leurrer le poisson convoité. « Le jeu consiste à se positionner à l'arrière de la truite, qui est toujours face au courant. On lance l'appât plus haut que l'endroit où se situe le salmonidé de manière à ce qu'il arrive jusqu'à lui de façon naturelle », préconise Daniel Fajoux. Mais la moindre anomalie met en alerte la truite « très intelligente ». D'où l'importance d'avoir un fil fin et d'adapter le montage de sa ligne comme sa plombée au cours d'eau. Mais la vigilance et la discrétion du pêcheur sont aussi de rigueur.
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Soleil dans les yeux pour ne pas porter l'ombre, glisser la canne entre les branches, puis poser l'appât délicatement, c'est l'approche du poisson qui motive les pratiquants. Adepte de la barre, Romain Max prépare ses périples avec minutie : carte IGN pour déterminer son parcours de cours d'eau en cours d'eau, suivi météo… Même les coups sont préparés. « Avant de commencer, il faut repérer les souches, blocs, endroits vers où pourraient partir les truites ».
La concentration est de mise pour être prêt à ferrer, en ressentant le "toc", signe que ça mord. « Il faut travailler le poisson, le fatiguer, essayer de l'amener dans un calme, une bordure, un remous. Il m'est arrivé de courir sur 5 ou 10 mètres sur la berge pour accompagner la truite », sourit Romain. Mais on ne gagne pas à tous les coups.


Dans la pêche à la barre, c'est le milieu qui dicte ce qu'il faut faire. « Le pêcheur doit avoir une intelligence d'observation, savoir lire l’eau et se remettre en question au sein d'une même partie de pêche, estime Jacques Chalier. Météo, niveau et vitesse de l'eau, saisons… Les anciens avaient ces connaissances fines, spécifiques à leurs territoires, tirées de leur expérience. Aujourd'hui, les gens étant plus mobiles, et c'est très bien, ce sens de l'observation a tendance à se perdre !
ruisseuax sauvages_torrents de montagne_petits rus. casse croute_pêche et sac a dos_pause détente au bord de l'eau.
La pêche à la barre reste la plus pratiquée dans les techniques du toc. « S'il y a 40 ans environ, tous les pêcheurs de truite pêchaient à la barre, aujourd'hui, les gens sont moins spécialisés », constate Jacques Chalier. Lui, a commencé à s'initier au côté de son père, vers Mentières. « La veille de l'ouverture, on était fébriles », se souvient l'agent dont le secteur de prédilection reste les cours d'eau de l'Aubrac, « territoire d'évasion » et notamment le Bès.




Aujourd'hui, même si un jeune est spécialisé, il maîtrise aussi les autres techniques. C'est le cas de Romain Max, passionné par la barre, qu'il a découverte à la faveur d'une rencontre, il y a quinze ans. « C'est la technique avec laquelle j'ai le meilleur ressenti », confie le jeune Aurillacois, qui sillonne tout le département pour pêcher. Le « globe-trotter » de la barre a même initié des copains, qui le suivent dans ses aventures. Daniel Fajoux, lui, apprécie particulièrement la réflexion que nécessite cette pêche, tout comme la balade dans la nature. « Elle permet de se divertir de façon reposante. Vous partez le matin de bonne heure. Vous suivez la rivière, le soleil se lève et filtre à travers le feuillage. Il éclaire la mousse sur les pierres, il y a le gazouillis des oiseaux. Vous êtes assis là et vous cassez la croûte. Ce n'est pas beau ? La pêche à la barre, en fait, c'est un plaisir qui se vit, mais ne s'explique pas.
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